Message de Robert Blakely, président du SMCC à l’occasion de la fête du Travail

Août 31, 2017

La fête du Travail cette année marque la fin de l’été du 150e anniversaire du Canada. Le territoire qu’on appelle aujourd’hui le Canada est peuplé depuis environ 13 000 ans. Il y a donc des « Canadiens » depuis l’époque du retrait des glaciers continentaux. C’est un élément du patrimoine canadien que nous devons comprendre et honorer. Nous devons nous assurer de réserver une place appropriée pour les peuples autochtones dans nos syndicats. Il s’agit d’un acte bien fondé et censé; une grande part des travaux que nous réalisons ou souhaitons réaliser se fait sur des terres ancestrales. Si ces travaux avaient lieu chez vous ou sur vos terres, vous voudriez assurément avoir votre mot à dire et la « part qui vous revient ». Évidemment, il faut mieux accueillir les personnes autochtones comme nos confrères et consœurs au sens fraternel dorénavant. Il faut également songer à élargir nos rangs qui traditionnellement ont été à prépondérance masculine. Les milieux exclusivement caucasiens et masculins ne sont plus en vogue! Le temps est venu pour un changement fondé sur la présence des femmes, des jeunes, des nouveaux arrivants et des peuples autochtones! Nous devons lutter pour ce qui est juste et équitable. Nos syndicats ont maintenant le défi de soutenir la création d’une société plus équitable et de convertir ce soutien en une force organisationnelle.

Nous vivons dans une époque intéressante; certains réclament le retrait du nom de notre premier ministre originel des édifices publics et des écoles. Nous semblons décidés à appliquer les mœurs d’aujourd’hui aux évènements du passé. Or, la sagesse d’autrefois ne peut être que la sagesse d’autrefois. Un jour, lorsque nous serons morts et enterrés, nos successeurs jugeront nos actions en fonction des valeurs courantes de cette époque future. Nous devrions être cléments envers les œuvres et les actes de nos ancêtres puisque nous savons qu’un jour nos œuvres et nos actes seront jugés en fonction de normes que nous ne pouvons pas anticiper, voire comprendre. La reconnaissance des faits, soit élogieux soit disgracieux, de notre histoire est indispensable pour pouvoir bien comprendre la condition humaine. Elle permet au peuple de grandir et de se transformer sur des fondements solides.

Ce long préambule sert à expliquer l’importance pour nos syndicats de célébrer ces œuvres et ces actes lors de la fête du Travail. Comme Samuel Gompers le disait si bien : « La fête du Travail se démarque de tous les autres jours fériés […] puisqu’elle n’est consacrée à aucun homme, vivant ou mort, aucune secte, race ou nation ». La fête du Travail nous permet de souligner l’importance et la dignité du travail, de notre cheminement et de notre progrès. Ce dont nous jouissons aujourd’hui résulte de l’amélioration progressive au fil des années et des conventions collectives; notre cheminement a connu des réussites et des échecs. C’est ce que nous vivons depuis le début des négociations collectives; il faut accepter les échecs momentanés à condition que la tendance générale soit positive. Tout au long de notre histoire, il y a eu des récessions, des dépressions et des reculs temporaires contrebalancés par des périodes fastes et par la capacité d’obtenir de meilleurs résultats à la table de négociation à cause de ces périodes. Nous devons répondre aux besoins du marché. J’ai appris certaines choses élémentaires, voire évidentes avec le temps. Si vous devez choisir entre les emplois ou les salaires, choisissez toujours les emplois. À mon grand regret, j’ai déjà cru que les salaires et les conditions devaient être protégés avant tout. À vrai dire, si vous protégez les emplois, eh bien, les salaires et les conditions s’amélioreront inévitablement. Ainsi, vous réduisez les fluctuations en dents de scie, liées aux creux et aux booms passagers. Nous négocions et nous négocions fort; parfois cette énergie est consacrée à maintenir les acquis des rondes précédentes. D’autres fois, nous négocions intensément pour en obtenir « plus ». C’est cyclique et normal. Ce n’est pas anormal de présumer que parfois nos salaires seront grugés. Autrement dit, si nos salaires ne permettent pas à nos entrepreneurs de rester concurrentiels, de remporter des appels d’offres et de trouver du travail, à quoi bon avoir les taux les plus élevés de la province? J’entends souvent : « nous » avons lutté pour obtenir ceci ou, encore, nos ancêtres ont sacrifié leurs vies pour obtenir le temps double. C’est vraiment n’import quoi. Personne n’est mort pour le temps double; il a été adopté à la fin des années soixante et s’est répandu dans les années soixante-dix. Ce qui importe c’est la préservation des marchés que nous avons en nous assurant que, peu importe le taux que nous avons, nos salaires soient les meilleurs de l’industrie et que ce que nous gagnons est approprié par rapport à ce que nous faisons. Notre travail a une valeur très importante et nous devons maximiser le rendement de cette valeur. Nous pouvons maximiser ce rendement en dominant divers marchés et segments de marché. Si nous ne représentons que 15% du marché, nous ne parviendrons pas à dicter les conditions de travail et les salaires dans le marché. Tandis que si nous constituons 85% du marché, celui-ci aura avantage à faire attention à nos conditions de travail et nos salaires; l’autre 15% n’aura pas le choix d’adopter des salaires et des conditions semblables à ce que nous avons pour rester en affaires. Nous devrions adopter cette approche pour les 150 prochaines années.

Le gouvernement fédéral a fait deux choses très importantes pour le mouvement syndical ce printemps et cet été. Premièrement, il a abrogé les projets de loi très contraignants et antisyndicaux C-377 et C-525. Deuxièmement, il a ratifié la Convention 98 figurant parmi les conventions fondamentales de l’Organisation Internationale du Travail. La Convention 98 existe depuis 1949; celle-ci protège le droit d’association et le droit à la négociation collective. Ainsi, pendant presque 70 ans, les différents gouvernements canadiens ne pensaient pas que le droit d’association et celui à la négociation collective méritaient l’appui du Canada. Cette Convention a le pouvoir d’un traité et liera le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux aux engagements dans la Convention. Cet été, la ministre d’EDSC et son secrétaire parlementaire ont fait la tournée des évènements syndicaux. Leur message central s’arrimait à nos intérêts; ils affirment essentiellement que l’adhésion syndicale est le meilleur moyen d’accéder à la classe moyenne et d’y rester. Voilà pourquoi la ministre et son gouvernement ont pour mission d’accroître le taux de syndicalisation au Canada. Enfin nous avons un gouvernement qui croit en la valeur de notre travail!

Permettez-moi de partager cette idée en conclusion : si nous souhaitons obtenir les meilleurs salaires, les meilleures conditions de travail et les heures supplémentaires les plus justes, nous n’y parviendrons pas en manifestant dans la rue ni en criant à en perdre la voix — nous y arriverons en syndiquant les non syndiqués. Contrairement aux dernières années, le climat actuel au pays est favorable à la syndicalisation. Si certains anciens nous critiquent, tenons-nous-en au vieil adage syndical : « Ce que nous souhaitons pour nous, nous le souhaitons pour les autres ». Donc, faisons en sorte que les conditions de travail et les salaires des travailleurs qui ont les mêmes compétences que nous (ou souhaiteraient les avoir) soient garantis par des syndicats. Le monde nous appartient si nous osons simplement le saisir.

J’aimerais vous remercier de toutes vos contributions à la construction et au maintien de notre pays. Votre travail est sans égal et la récompense du travail bien fait est d’en avoir de plus en plus. Le conseil exécutif canadien et le personnel du bureau joignent leurs voix à la mienne pour vous souhaiter nos meilleurs vœux pour le congé que votre travail et vos compétences nous ont mérité — la fête du Travail !!

Robert R. Blakely
Officier d’opération du Canada